Mon père, ce héros
Cause juste et noble, dès le départ, notre lutte de libération n’a laissé aucune place aux élucubrations. Elle a conquis les cœurs et les esprits de tous les peuples épris de justice et de paix à travers le monde, le peuple français compris, ce qui a fait dire à l’aspirant Henri Maillot qu’au moment où le peuple algérien s'est levé pour libérer son sol national du joug colonialiste, ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur.
avons subi la colonisation, sans jamais l’avoir acceptée, et il aura fallu attendre Novembre pour assister à un tremblement de terre prévisible, mais dont les répliques sont tellement imprévisibles qu’elles peuvent être ressenties durant des siècles si, bien sûr, rien n’est fait pour les endiguer. C’est justement ce genre de travail de mémoire que chaque intellectuel doit effectuer, afin de parler calmement de nos heurs et malheurs, pour que nous comprenions une fois pour toute que nos vaillants combattants ont rêvé de libérer l’Algérie, et ils l’ont fait. La guerre a ses lois que même les guerriers eux-mêmes ne comprennent pas souvent. Le peuple s’est organisé comme il l’a pu. Il a réussi à faire de la libération, non seulement une cause nationale, mais une cause universelle, à laquelle tous les peuples se sont identifiés, sans distinction de race ni de religion. Les partis nés du mouvement national ont compris qu’il fallait s’unir pour mieux combattre, et ils l’ont fait au sein du FLN. L’Algérie a été divisée en zones politico-militaires, avec un schéma semblable au niveau de la métropole, grâce à notre émigration et aux valeureux citoyens Français, Suisses, Belges, Allemands, Yougoslaves, Tunisiens, Marocains, Egyptiens, auxquels il faut rendre un vibrant hommage. Les responsables historiques des différentes wilayas ont accompli leur devoir selon la discipline du parti, leur conscience, leurs capacités intellectuelles, et leurs réflexes de survie de l’époque. C’est ainsi que les mots de Chaoui, Kabyle, Oranais, Sahraoui, Algérois, Constantinois, ne rimaient qu’avec Front de Libération Nationale et Armée de Libération Nationale.
Mon père ce héros n’est donc nullement un slogan, mais une affirmation, une certitude que tous les martyrs, les moudjahidines, tous les militants du mouvement national sont nos parents, et que nous sommes fiers d’eux quelle que fut leur force ou leur faiblesse. Nous nous devons de revisiter ensemble notre histoire afin d’aspirer à guérir de cette grave maladie qui, au troisième millénaire, ronge encore nos viscères, la bleuïte.
Faisons comme ce vieux Kabyle qui, à la fin d’un rude hiver, creusait des trous en pleine montagne et, au voisin qui lui demandait pourquoi il plantait des oliviers alors qu’il ne pourra jamais en consommer ni huile ni olives, il répondit : je ne vivrai pas assez vieux pour cela, mais d'autres le feront. Il m'est venu la pensée, l'autre jour, que toute ma vie j'ai eu le plaisir de manger le fruit des oliviers plantés par d'autres. C'est ma manière de leur manifester ma reconnaissance.
Alors plantons les oliviers de la paix pour que les enfants du soleil ne meurent pas de froid, et pour que vive l’Algérie éternelle.
Constantine, le 20 mai 2010
Professeur Hocine BENKADRI
Apprenons à nos enfants que l’histoire se visite comme un musée : on y entre, on contemple, on observe sans se servir, sans toucher ou déplacer ne serais-ce que le moindre petit objet et que, parfois, on n’a même pas le droit de prendre une photo ou de poser à côté d’une pièce. On a donc le droit de visiter, de revisiter, de faire visiter sans toucher à l’ordre des choses. C’est l’attitude que chacun d’entre nous devrait adopter. L’histoire de notre pays est un bien commun des Algériens, et de l’humanité tout entière. Nous nous devons de regarder, de voyager dans le passé, d’analyser et d’observer notre histoire avec des instruments modernes, avec les yeux du troisième millénaire, sans perdre de vue que nul d’entre nous n’a le droit de juger l’histoire. L’histoire fût. Faisons de sorte que les mauvais évènements ne se répètent pas, que notre chère Algérie appartienne à tous ses enfants, quelle que soit leur origine géographique, leur statut, leur religion ou leur langue. Faisons de telle sorte que notre peuple, si jaloux et si fier de son Algérie, la travaille, la préserve, la défende, dans le strict respect des valeurs universelles, dans le strict respect de l’amour qu’ont les autres peuples pour leur patrie. Apprenons à vivre ensemble, comme nos pères ont appris à mourir ensemble.



Mon pére, ce héros

